La Géorgie mise à l'honneur

Au travers de l'action menée par les Amis des Arts de Tinchebray, la culture prend une dimension particulièrement stimulante car elle donne lieu à un dialogue de portée internationale. La Biennale, que l'association, sous l'emblème du Vieux Lavoir, organise pour la 13ème fois, permet à de nombreux peintres et sculpteurs de confronter leur style et leur pratique à des hôtes venus d'ailleurs. Le proche et le lointain s'embrassent d'un même regard, ouvrant des perspectives d'échanges et de mutuel enrichissement. Cette année, le pays invité est la Géorgie, terre orientale dont le sculpteur Djoti BJALAVA sera le phare de la Biennale.

Le niveau de sélection des oeuvres accueillies à Tinchebray a fait de sa Biennale un événement très attendu. Des artistes hautement confirmés y côtoient des talents émergents, légitimant la qualité de ce salon original. Pour cette 13ème édition, de fameux noms seront au rendez-vous comme les sculpteurs Michel Pigeon ou Momcilo Milovanovic. Ils seront trente en tout à oeuvrer en trois dimensions. On y verra aussi beaucoup de peintres, comme par exemple Gérard Beaujard, Dominique Choumiloff, Jacques Courtois, Oxana Dvornikova- Sanson, Marie-Pierre Estève, Yves Guézet, Tilly ou Jean-Pierre Le Fèvre. La Biennale n'en attend pas moins de quatre-vingts, dont une bonne vingtaine de nouveaux venus. Car un salon bien orienté se doit d'aller de l'avant, en misant sur la découverte et l'esprit de curiosité.

Alors que la 12ème Biennale tournait ses regards vers le Sud en accueillant deux créateurs issus de la République du Sénégal, l'édition 2010 a mis le cap à l'Est en invitant Djoti BJALAVA, sculpteur représentant la Géorgie, état situé au sud de la Russie avec un large débouché sur la Mer Noire. Né à Martvili, le 22 novembre 1944, ce bel artiste fit ses études à l'Ecole des Beaux-Arts, et à la faculté de Sculpture de Tbilissi, capitale de son pays. Au cours de sa carrière, Djoti BJALAVA passa quatre années à tailler des oeuvres monumentales dans les parois granitiques de diabase du Caucase. Installé dans le sud de la France depuis 1991, il travaille actuellement pour l'église orthodoxe de Géorgie, qui lui passe commande d'oeuvres figuratives de grand format.

Participant à différents symposiums, Djoti BJALAVA expose dans de nombreuses galeries françaises. Un certain nombre de ses oeuvres ont enrichi les collections publiques de son pays ( Musée de Martvili, Musée National de Tbilissi). Revisitant les mythologies oubliées ou délaissées, cet artiste met le passé en résonance avec les formes très épurées et stylisées de la recherche contemporaine, renouant ainsi avec les origines de l'Homme et du Sacré. Rien de solide, pour lui, ne peut se construire sans cette relation renouvelée à l'histoire la plus éloignée. Se replonger dans l'héritage des siècles n'est pas faire acte de régression, c'est comprendre que la vie s'abreuve à de multiples sources et confluences lointaines. Elle est souvent l'aboutissement de tous les élans antérieurs.

En mingrélien, l'un des dialectes géorgiens, "Bjalava" signifie adorateur du soleil, éternel dispensateur de lumière et de vie. Qui pourrait douter qu'un tel nom n'ait exercé quelque influence sur ce vigoureux tailleur de pierre. "Dans les temps anciens, écrivait Novalis, la nature a dû être plus vivante, plus pleine de sens qu'aujourd'hui". Ce n'est pas forcément ce que pense l'homme moderne. Aveuglé par ce qu'il prend ordinairement pour un "savoir", il se conduit comme un enfant aux commandes d'une voiture de sport. Djoti BJALAVA, veilleur voué à l'aspect spirituel des choses, sait qu'il n'est pas d'avenir là où disparaît toute mémoire. Et cela reste vrai bien au-delà de l'art.